Les soins des malades pendant les épidémies


Pendant les nombreuses épidémies survenues à Saint-Hyacinthe, beaucoup de malades furent soignés à domicile. Au début, il y avait toujours des cas de typhoïde, brucellose et de tuberculose. Ce n’est pas surprenant car la filtration et le traitement de l'eau commenceront à Saint-Hyacinthe en 1919, tandis que le règlement concernant les laitiers sera émis en 1924.


Les grandes épidémies du XIXe siècle arrivent avec les pauvres émigrants anglais et irlandais. Des maladies se déclarent sur les bateaux. Le manque de mesures sanitaires dans les ports d’arrivées fera que plusieurs épidémies se répandent au pays.


Le typhus n'atteindra pas Saint- Hyacinthe mais, par contre, les chroniques de l’Hôtel-Dieu mentionnent une épidémie de choléra asiatique en 1848. En 1849, 1851 et 1854, d’autres épidémies de choléra se déclarent faisant de nombreuses victimes. On ne connait pas à l’époque de technique éprouvée contre la contagion et on ignore même les causes du choléra. Il n’existe que la Loi de la quarantaine. Ce n’est qu’en 1865, que le conseil municipal reçoit du Secrétaire provincial une circulaire décrivant les mesures à prendre pour la prévention des ravages du choléra.


Encore ici, aucune statistique concernant ces épidémies. Les Sœurs répondent aux appels de la population et consignent dans les chroniques les événements sensationnels. Un jour, elles trouvent une mère de famille décédée au milieu de ses enfants. Elles doivent s'occuper de l’inhumation de la mère et du placement des enfants.


Enfin, en 1854, le premier bureau de santé de Saint-Hyacinthe est créé pour prévenir l’invasion de toute maladie contagieuse dans la ville. À l’Hôtel-Dieu, on commence à recevoir des cas de variole. En 1860, ils sont plus nombreux. Le conseil municipal interdit sous peine d'amende, d’accueillir une personne malade dans sa maison.


En 1872, la terreur se répand dans Saint-Hyacinthe. Une épidémie de variole fait son apparition. Le maire Georges-Casimir Dessaulles et le docteur Magloire Turcot demandent aux Sœurs Grises de visiter et de soigner les picotés. La municipalité fournit les médicaments. Vingt-quatre malades sont traités et douze décèdent.


Au printemps de 1873, se décime une épidémie de méningite. À l’infirmerie de l’Hôtel-Dieu, un jeune collégien de Portland est terrassé en l'espace de trois jours. En 1874, survient une autre épidémie de variole. La belle maison de la métairie, aujourd’hui le Centre culturel Humania assurances, se transforme en hôpital pour contagieux.


En 1884, une grande épidémie de typhoïde se déclare à Saint- Hyacinthe. Les orphelins sont logés à la ciergerie et leur salle se transforme, en infirmerie, tout comme le dortoir des novices. En ville, les malades sont si nombreux que les Sœurs ne peuvent suffire à la tâche. La supérieure distribue les médicaments et pourvoit lits et couvertures. La Ville construit un hôpital sur le terrain des Sœurs Grises et s'assure que ces dernières en prendront la charge. La maison Saint- Benoit est ainsi construite en l ’espace de deux semaines.


En 1885, la variole qui sévit dans toute la province s'annonce à Saint-Hyacinthe. L’Hôtel-Dieu a son lazaret, c'est la maison Saint-Isidore. L’hôpital civique est agrandi. En quelques mois, 133 variolés viennent se faire traiter dans les deux maisons et 24 y succombent. De ce nombre se trouve le R. Père H.-A. Gadbois, o.p., curé à Notre-Dame qui décède à la maison Saint-Isidore.


En 1901, une autre épidémie de variole nécessite la réouverture de la maison Saint-Benoît. Cette fois, 250 malades sont hospitalisés et on enregistre très peu de décès. En 1918, le retour des armées favorise la propagation de la grippe espagnole. La maladie sévit à Saint-Hyacinthe et les Sœurs Grises multiplient les soins auprès des malades. En un mois, elles enregistrent 713 malades soignés à domicile. Huit d’entre elles succombent à la maladie.


Pendant la guerre de 1939-45, avec le campement des matelots, on assiste à Saint-Hyacinthe à une recrudescence des maladies vénériennes. En 1943, à l’hôpital Saint-Charles, s’ouvre une clinique de maladies vénériennes, confiée au Dr Jean Lafond.


En 1949, c’est une épidémie de poliomyélite qui frappe le Québec. À l’Hôpital Saint-Charles, les malades sont nombreux et traités selon la technique en vogue: enveloppement avec compresses humides chaudes et plus tard avec traitement de physiothérapie. 


Un article de Soeur Suzanne Gauthier, s.c.s.h.
Cet article fut publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, le 9 janvier 1991.


Photo: 
La chambre de La Bonne Chanson à l'Hôpital Saint-Charles en 1945. Studio B.J. Hébert. Collection Soeurs de la Charité de Saint-Hyacinthe.