En juin 1944



Le 21 juin 1944 s’ouvrait dans notre ville le Congrès Eucharistique Diocésain. Il s’agissait du quatrième à se tenir en succession au Canada, après ceux de Vancouver et Saint-Boniface (8-11 juin 1944) et Lachine 14-18 juin 1944).


Ces manifestations s’amplifièrent en crescendo qui aboutira au Congrès de Saint-Hyacinthe, sans doute le plus important, non seulement en raison de ses retombées du point de vue religieux, mais aussi par la qualité de son organisation matérielle et la couverture médiatique qu’il obtint.

À cette époque, chez nous, la pratique religieuse était suivie et assidue. Les nombreux mouvements d’Action Catholique, formateurs et militants contribuèrent avec le clergé diocésain à assurer la réussite du Congrès.

Le thème de cet événement grandiose, sans doute l’un des plus importants, sinon le plus important depuis la fondation du diocèse en 1852, portait sur “Le Saint-Sacrifice de la Messe” et il s’agissait de rendre hommage à la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie.

Il faut bien reconnaître cependant qu’en dépit d’une pratique religieuse très largement observée, il se trouvait certains catholiques, peu nombreux toutefois, qui commençaient à se dispenser du précepte de l’assistance à la messe dominicale. On pouvait y entrevoir un début de désaffection religieuse qu’il importait d’endiguer.

Un événement malheureux devait se produire le jour même de l’ouverture du Congrès le 21 juin par la distribution d’un tract dans les foyers de la ville et qui était intitulé “Non, nous ne pouvons nous agenouiller”.

L’auteur de cette brochure, le pasteur Jacques Beaudon de l’Église Unie Saint-Jean de notre ville, mettait en doute la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, Il va sans dire qu’il en résulta un fort mouvement d’indignation et l’action du pasteur Beaudon fut perçue comme une véritable provocation.

Un tel geste venait à l’encontre d’une longue tradition de bonne entente et de respect mutuel observés tant par la communauté protestante que par la majorité catholique de la ville. Aussi, plusieurs coreligionnaires du pasteur Beaudon, personnalités importantes et respectées de chez nous s’empressèrent-elles à se dissocier et à regretter le geste posé, remettant au Courrier de Saint-Hyacinthe un communiqué à cet effet.

Des journées eucharistiques, des prédications spéciales et des exercices religieux furent organisés à travers tout le diocèse. Le samedi 24 juin, dans la matinée, une imposante célébration de vingt-quatre mariages fut présidée par Mgr Arthur Douville. Dans la soirée du même jour, au Séminaire, “Le mystère de la Messe” du grand dramaturge français, Henri Ghéon, fut joué devant une foule estimée à plus de 30,000 personnes, par la célèbre troupe des Compagnons de Saint-Laurent dirigée alors par le regretté Père Émile Legault, c.s.c.

Dans toute la ville, les édifices gouvernementaux, les usines et établissements commerciaux, les résidences privées, etc… pavoisèrent aux couleurs du Congrès (le bleu, le rouge, le jaune et le blanc).

À la demande des organisateurs et afin de préserver le caractère strictement religieux de l’événement, seuls les drapeaux du Congrès, du Pape et de Carillon Sacré-Coeur furent déployés.

Les plus grandes personnalités religieuses du pays assistèrent à ces manifestations grandioses, dont le Délégué apostolique Mgr Ildebrando Antoniutti, le cardinal Jean-Marie-Rodrique Villeneuve, archevêque de Québec et Primat de l’Église canadienne, ainsi qu’un grand nombre d’archevêques et d’évêques. Le premier ministre du Québec, d’alors, l’honorable Adélard Godbout, et des représentants de la Magistrature étaient également présents.

Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 30 juin titrait “Le Congrès se termine en apothéose” et évaluait à plus de 40,000 personnes l’assistance à la messe de clôture du 25 juin qui fut célébrée par le cardinal Villeneuve au reposoir du Grand Séminaire.


En prévision du Congrès, le comité de propagande a publié quelques brochures concernant différents aspects de l'événement. Consultez la brochure du 15 mai 1944 en cliquant ici.


Illustration
Logo officiel du Congrès eucharistique diocésain de 1944.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe. CH479/05.


Photo
Plusieurs portes ou arches de ce genre furent construites ici et là dans les rues de Saint-Hyacinthe lors du Congrès de 1944. Sur la photo nous voyons celle qui fut aménagée devant le Couvent du Précieux Sang sur la rue Girouard.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH479/05


Cet article rédigé par M. Raoul Bergeron fut publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 20 septembre 1994.