Le cinéma à Saint-Hyacinthe (4)


Le cinéma parallèle


À Saint-Hyacinthe, comme un peu partout en province, on développe des réseaux parallèles au cinéma commercial. Par exemple, au cours des années 1930 et 1940, des films sont projetés au Patronage des jeunes filles, situé sur la rue Saint-Antoine.

En 1948, quelques Maskoutains se regroupent pour former une cinémathèque. Profitant de la collaboration de l’Office national du film (ONF), on dispose alors d’un projecteur et d’une cinquantaine de films documentaires. Les organismes abonnés à la cinémathèque peuvent ainsi offrir des projections à leurs membres. Plus tard, en 1955, le Conseil du film de Saint-Hyacinthe jouera sensiblement le même rôle.

Au cours des années 1950, le film devient objet d’étude. Les salles paroissiales et les gymnases d’écoles deviennent des lieux de diffusion de ce réseau parallèle.

Par exemple, à l’automne 1955, le clergé local organise « Les journées du cinéma ». Cette activité est présentée au Centre Notre-Dame, afin que les catholiques puissent « prendre plus activement conscience des possibilités et des dangers qu’offrent à la civilisation chrétienne les progrès des diverses techniques de propagande et d’enseignement, tels la radio, le cinéma et la télévision », souligne Mgr Arthur Douville, évêque de Saint-Hyacinthe.

Puis, à l’été 1958, les enfants qui fréquentent l’OTJ Christ-Roi peuvent assister à des projections de films chaque vendredi soir. « Cette année il y a eu 39 films à l’étude », indique le rapport annuel de l’organisme.

Durant la même période, un ciné-club est fondé au Séminaire. Une édition du journal Le Collégien de 1964 en souligne l’objectif : « Certes, il est très intéressant de descendre à la salle académique, de s’asseoir et de regarder un film, mais notre mouvement a des vues plus larges que celle de divertir les élèves : il veut les initier à la culture cinématographique ». En 1964, dans cette foulée de faire découvrir le 7e art, le ciné-club donne un cours d’initiation au cinéma et organise une grande semaine du cinéma, où les étudiants visionnent des films d’Agnès Varda, Alain Renais, François Truffaut et Norman McLaren. 


René Lévesque, critique de cinéma
En 1946, le journal Le Clairon, qui sera également distribué à Montréal et Québec pendant un certain temps, ajoute des chroniques culturelles à son contenu. On embauche alors René Lévesque comme journaliste culturel. Il aborde des thèmes comme la radio, les spectacles et le cinéma. Grand amateur du 7e art, il dira un jour : « Après l’air que l’on respire et le pain qu’on mange, parfois même avant le pain, il y a le film de la semaine. »

Entre 1946 et 1949, il rédige 126 chroniques dont 89 seront consacrées au cinéma. Au total, il aborde 261 films de tous genres en utilisant un langage coloré qui démontre bien qu’il connaît le domaine cinématographique. D’ailleurs, son biographe Pierre Godin affirme que « ses carnets de cinéma piquaient la curiosité : du style, du mordant, beaucoup de vitriol, le compliment rare. »


Illustration:
Chronique cinématographique dans les pages du journal Le Collégien du Séminaire de Saint-Hyacinthe. CH001/S6/SS7/D2 Le Collégien, Septembre - Octobre 1964, p. 7.


Paul Foisy, 29 juin 2020.


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