Une pointe de terre qui a de l’histoire


Par Raoul Bergeron
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 15 juin 1993.


Le triangle formé par les rues Girouard, Mondor et Calixa-Lavallée, où se trouve aujourd’hui le Cénotaphe aux disparus des Guerres 1914-1918, 1939-1945 et de la Guerre de Corée, renferme une histoire susceptible d’intéresser nos concitoyens.


En effet, s’y trouvaient le kiosque Léon-Ringuet du nom de ce musicien et compositeur qui dirigea notre Philharmonique pendant 52 ans, et la Croix du Jubilé érigée en 1845.

Lorsque la ville décida en 1965 de réaménager le Parc Dessaulles, on procéda à la démolition de ces deux reliques, l’une et l’autre plus que centenaire et c’est avec beaucoup de regret que notre population les vit disparaître.

Les membres de la Société Philharmonique particulièrement furent affectés au point qu’ils recueillirent plus de 3000 signatures sur une requête qui devait être présentée au conseil municipal pour en contester la démolition.

Ce n’est qu’après avoir reçu l’assurance que le kiosque Léon-Ringuet serait reconstruit dans le Parc Dessaulles rénové et que la Philharmonique serait consultée quant au plan du nouveau kiosque, qu’elle décida de surseoir à la présentation de sa requête.

Cette pointe de terrain avait été donnée à l’Institut des Artisans par le seigneur Louis-Antoine Dessaulles. Nous savons peu de choses de cette institution si ce n’est qu’elle possédait une fanfare, qu’elle participait aux différentes manifestations religieuses et civiles, qu’elle était pourvue d’une excellente bibliothèque pour l’époque et qu’elle présentait “des séances” fort appréciées par la population selon monseigneur Charles-Philippe Choquette.

Il s’agissait en quelque sorte d’une société vouée surtout au domaine culturel et social.

Avant l’instauration des commissions scolaires en 1850, l’enseignement de niveau primaire dans notre ville était dispensé au Collège où se trouvent aujourd’hui l’évêché et la cathédrale.

La clientèle au niveau du cours classique étant devenue considérable, un manque d’espace se fit sentir en 1832 qui obligea les élèves du cours primaire à quitter le collège pour occuper une maison qui était située à peu près à l’endroit où nous trouvions le kiosque Léon-Ringuet en 1965.

Quant à la Croix du Jubilé, elle était à l’origine à l’extrémité de la pointe du terrain qui s’allongeait assez près de la rue Saint-Denis.

Selon monseigneur Choquette, le 9 juillet 1853, à la suite d’une retraite de tempérance “prêchée avec effet” par le Grand Vicaire Mailloux de Québec, cette croix fut transférée plus près de la rue Mondor et fut désignée par la suite comme la Croix de Tempérance.

Ce terrain était le propriété de la succession Charles Ledoux ; il fut vendu pour $530.00 le 10 décembre 1900 à Arthur Flibotte par le notaire Boisseau afin de régler la succession Ledoux. En avril 1901, le Courrier de Saint-Hyacinthe écrivait qu’il était regrettable que la ville ne se soit pas portée acquéreur du terrain lorsqu’il fut mis à l’enchère en décembre 1900.

De nombreuses requêtes et lettres de protestation étaient adressées à l’hôtel de ville à ce sujet tant et si bien que le Conseil finit par acheter le terrain qui était passé, entre temps, dans les mains d’un monsieur Denis qui le vendit à la ville en juillet 1901 pour la somme de $705.

Le vieux kiosque jusqu’en 1965 avait été le théâtre d’assemblées politiques mémorables. Les plus grands tribuns et des personnalités comme Sir Wilfrid Laurier, Honoré Mercier, Sir Lomé Gouin, Henri Bourassa, Alexandre Taschereau, Maurice Duplessis, Camillien Houde et plus près de nous Télesphore-Damien Bouchard et Daniel Johnson montèrent sur ses planches pour haranguer des adversaires politiques et des foules considérables.

La Philharmonique y donna régulièrement ses concerts durant la saison estivale et pendant la guerre 1939-1945, la célèbre Royal Canadian Navy Band mieux connue sous le nom de la Fanfare des Matelots d’y produisit à de nombreuses occasions. Nous pouvons voir à la droite du Cénotaphe la magnifique plaque en bronze dédiée à Léon Ringuet.


Photo:
Le kiosque Léon-Ringuet et la Croix de Tempérance, alors qu’ils occupaient le triangle formé par les rues Girouard, Mondor et Calixa-Lavallée, où se trouve aujourd’hui le Cénotaphe aux disparus des deux Guerres mondiales et de Corée. 
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe. 

Cet article est le dernier d'une série de quatre.

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