« Prune » et « Cerise » disaient
les photographes…


Par Jean-Noël Dion
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 9 décembre 1987


Ignorée par les critiques et les historiens ou plutôt considérée comme un art mineur, la photographie a pourtant connu un engouement certain vis-à-vis du public. Art de masse, plus précis et moins coûteux que la peinture ou l'aquarelle, cette fabuleuse invention s'est répandue rapidement à travers le monde. Du daguerréotype de 1839 au polaroid des dernières décennies, le procédé n'a fait simplement que se raffiner.


Même si l'on retrouve aujourd'hui dans la plupart des foyers des appareils photographiques, la coutume veut que l'on fasse appel à des professionnels en la matière pour obtenir des clichés plus particuliers, des portraits de soi ou de nos proches, pour encadrer et placer sur les murs du salon ou de la chambre.


Mais quels ont donc été ces photographes professionnels à avoir vécu dans notre localité? Recherche d'envergure, s'il en est une. Comme les sources sont longues à dépouiller, les journaux entre autres, il ne pourrait s'agir que des personnes sur lesquelles nous avons pu obtenir certains renseignements. Bon nombre restent encore inconnus; à peine avons-nous leur nom et leur prénom en entier.


Les daguerréotypes
Les archives du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe possèdent quelques daguerréotypes dont les plus anciens datent de 1845 : ceux de Mgr. Lartigue, évêque de Montréal, de Mgr Joseph Larocque et de Mgr J.-C. Prince, tous anciens supérieurs du Séminaire de Saint-Hyacinthe.


D'autres daguerréotypes d'anciens élèves y sont conservés : H. Audet (1846), Eugène Drolet (1855), « écolier modèle » décédé à l’Hôtel-Dieu de la ville, le 26 décembre 1858, à l’âge de 16 ans. Le premier portrait de finissant, classe de philosophie, également un daguerréotype, date de 1851-1852.


Joseph-Jean-Elzéar Sauvageau, artiste-photographe
L'un des premiers photographes à s'être implanté à Saint-Hyacinthe fut vraisemblablement Joseph-Jean-Elzéar Sauvageau, en1855. Dans le journal L'Union du 7 mai 1886, alors qu'il est question de la vente des appareils appartenant à M. Sauvageau, le journaliste laisse entendre qu'il exerçait depuis 31 ans à Saint-Hyacinthe.


Son atelier fut longtemps situé rue Cascades, maison Saint-Jean-Baptiste, puis au 62, rue Saint-Simon. Ces adresses sont inscrites derrière les photographies retrouvées. L'artiste-photographe a eu sa résidence à Saint-Hyacinthe-le-Confesseur.


Auparavant, M. Sauvageau tint durant une année (1858-59) son atelier dans la moitié nord du second étage et dans le grenier de la maison de l'Institut des Artisans de Saint-Hyacinthe. Le loyer était de 50 $ par année. Cette précision est tirée des papiers laissés au Centre d’histoire par l'abbé P.-A. Saint-Pierre.


Dans Le Courrier du 22 mai 1877, on peut lire la remarque suivante : « Notre ville possède deux superbes ateliers de photographies. Celui de M. J.-J.-E. Sauvageau, dans le Bloc Kéroack (la librairie sans doute), vis-à — vis la banque de Saint-Hyacinthe, et celui de M. G.-C. Durocher, dans la bâtisse Doherty, sur la place du marché. Le meilleur goût a été apporté à la construction de ces deux établissements. La lumière a été disposée de façon à donner aux photographies les teintes et les ombres recherchées par les connaisseurs. Avec le talent que nous connaissons à nos deux artistes, Saint-Hyacinthe peut rivaliser avec les grandes villes du Canada. »


M. Sauvageau a photographié de nombreux étudiants du Séminaire. Plusieurs ont laissé une copie de leur portrait à leur Alma Mater. On lui doit en plus d'avoir réalisé en janvier 1873, un montage photographique du Barreau de Saint-Hyacinthe.


Il s'agit d'une vingtaine de médaillons placés symétriquement, chacun des médaillons représentant un membre du Barreau, qu'il soit juge, avocat ou protonotaire. L'année précédente, le même contrat avait été accordé à Alphonse Denis, un des principaux compétiteurs de Sauvageau.


D'après la note de L'Union, notre photographe vendit son équipement à M. Bédard, en 1886.


« Après quelques années de séjour à Montréal, M. Sauvageau nous est revenu », rapporte L'Union du 7 mai 1897.


Effectivement, l'ancien photographe deviendra tabaconiste, au 95, rue Concorde. L'annuaire de la ville le mentionne, à l'époque, comme tel. Ceux de 1902 et 1904 le nomment à titre d'agent d'assurance, au 55, rue Saint-Antoine. Son nom cesse d'apparaître à partir de 1907.


M. Sauvageau avait épousé Marthe Gousille, ou Goupille. Ils eurent au moins six enfants : Marie Delphine, M. Jos. Elzéarine, M. Philo Laura et Corrine.


On peut lire ces noms dans le répertoire de mariage de la paroisse Cathédrale de Saint-Hyacinthe. Ajoutons les noms d'Arthur et d'Elzéar, tous deux étudiants au Séminaire, l'un en 1873, le second, l'année suivante. 

Photo:
Mosaïque du barreau de Saint-Hyacinthe en 1873,
Source: Sauvageau, collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Cet article est le premier d'une série de quatre.

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