Parlons baseball (3)


Par Paul Foisy 
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 13 juillet 2017.


Après l’usage du parc Laframboise au printemps 1941, les militaires veulent l’utiliser à nouveau en 1942. Cette fois, la demande provient du commandant A.P. Musgrave. Ce dernier fait savoir qu’une équipe représentant le camp des matelots joindra la Ligue de baseball Starr. Il offre une garantie de revenus minimums de 15 $ jusqu’à concurrence de 150 $ par partie. Si les revenus sont plus grands que 150 $, le commandant offre 15 % du montant à la municipalité. Il ajoute à sa demande que l’entraînement des chevaux de course ne doit pas être permis lors des parties se déroulant le dimanche après-midi.


La nouvelle indiquant qu’une équipe de la marine de Saint-Hyacinthe est acceptée dans la Ligue Starr fait la manchette de la page sportive du Clairon du 2 avril 1943. On y apprend que la ligue est de calibre intermédiaire « A » et qu’elle est formée de seize équipes. L’équipe maskoutaine, mise sur pied grâce à un groupe de sportmen maskoutains et les directeurs de la section sportive du camp des matelots, jouera onze parties, dont huit à domicile. La première section de la ligue est formée des clubs de Marieville, Farnham, Chambly, Seven-Up, Verdun, Idéal, Métropole et Saint-Hyacinthe.


Trois semaines avant le début du calendrier, le lieutenant Déry, le responsable de l’équipe locale, fait connaître le nom de quelques joueurs. Comme le camp accueille des matelots provenant de l’ensemble du Canada, il n’est pas surprenant de constater que la formation est majoritairement anglophone et que les joueurs ont évolué dans des ligues de baseball à Toronto, Winnipeg et Calgary. Deux d’entre eux ont joué pour Valleyfield et un autre pour Notre-Dame de Grâce. Le seul francophone, un dénommé Laroche, a joué dans la ligue St-François de Victoriaville.


Quelques jours après la publication de ces noms, la ligue fait savoir qu’elle accepte trois nouveaux clubs dans ses rangs, dont celle du Saint-Damase qui comptera sur les services de l’excellent athlète maskoutain Oscar Aubuchon. L’ajout de ces formations amène des changements au calendrier et l’équipe des Signaleurs de la Marine jouera 17 parties. Au début mai, les joueurs y vont de pratiques quotidiennes malgré la pluie et le mauvais temps.


Play Ball !
Finalement, la saison se met en branle le 23 mai alors que l’Armée de Saint-Jérôme, composée de francophones, affronte l’équipe locale formée exclusivement d’anglophones. Environ 1000 personnes assistent à la partie qui se termine par une victoire des marins par le compte de 8 à 7. Le journaliste sportif du Clairon commente la performance de l’équipe locale : « Les Marins auraient besoin d’un ou deux frappeurs de longs coups pour améliorer leur puissance au bâton qui est jusqu’ici la plus grande faiblesse de l’équipe. »


Le 7 juin, l’équipe locale affronte le Saint-Damase. La première partie se déroule à Saint-Hyacinthe en début d’après-midi, alors que la seconde est jouée à Saint-Damase à 17 h 30 ! Mais le programme double est fatal aux marins qui s’inclinent 8 à 2 et 9 à 1. On note que quatre Maskoutains, Oscar Aubuchon, Claude Savary, Paul Leclerc (trois excellents joueurs de hockey) et un nommé Cardin, un lanceur gaucher, portent les couleurs de Saint-Damase. 


Trois semaines après cette double « dégelée », l’équipe maskoutaine occupe le dernier rang de la section sud composée de six clubs. Avec une victoire et cinq défaites, les Marins font piètre figure, car la leur moyenne de .166 est la plus faible de la ligue.


Ce qui devait arriver arriva : début juillet, le club de baseball de la Marine annonce qu’il se retire de la ligue. L’équipe fait naufrage ! « Les raisons qui ont motivé la suspension d’activités du club de la Marine sont, d’abord, le peu de temps dont pouvaient disposer les marins pour pratiquer : en effet, ce sont, pour la plupart, des élèves des cours de signaleurs qui doivent d’abord passer leurs examens de télégraphistes avant de jouer au baseball », note le journaliste du Clairon. Un journaliste sportif de La Patrie mentionne que le club s’est retiré à cause de la faiblesse des joueurs. Ainsi, après sa seule victoire en lever de rideau, les résultats sur le terrain amènent rapidement une forte baisse au niveau de l’assistance aux rencontres locales. N’ayant ni l’argent pour payer les dépenses et ni le temps pour s’entraîner, les marins de Saint-Hyacinthe quittent le navire. L’aventure du baseball chez les militaires à Saint-Hyacinthe se termine ainsi en plein cœur de l’été 1943.


Photo:
Une partie en soirée au parc Laframboise.
Collection Centre d’histoire CH085 Studio B. J. Hébert.


Cet article est le troisième d'une série de quatre.


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