Notes d’histoire de Saint-Hyacinthe (2)


Par Luc Cordeau
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 9 août 2006.


Le cadastre
Au cours du mois de janvier 1878, débute à Saint-Hyacinthe les travaux de réalisation du cadastre de la ville exigé par la Loi du Gouvernement du Québec concernant tout le territoire de la province. En effet, c’est monsieur Blakelock, arpenteur et ingénieur civil de l’extérieur de la région, qui a été mandaté par le gouvernement afin de réaliser cette tache dans le secteur. « Les lois d’enregistrement sont devenues une imposition très lourde maintenant, à raison de la difficulté que l’on a de faire les certificats des hypothèques grevant les immeubles. Le cadastre a pour objet de mettre fin à ces dépenses onéreuses. […] Nous n’avons pas d’objection à croire que M. Blakelock est un ingénieur capable. Toutefois, s’il nous était permis d’exprimer un regret, nous exprimerions celui de ne point voir, à cette besogne, un des ingénieurs de ce district » (Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 26 janvier 1878). Ce plan de cadastre n’existe plus depuis quelques années. Il a été remplacé par un autre système à numérotation unique à travers tout le Québec.


Vote Prohibition
À l’approche du vote du 24 janvier 1916, portant sur le règlement de la prohibition à Saint-Hyacinthe, les trois journaux locaux de l’époque se sont bien cantonnés dans leur position respective. Il faut d’abord rappeler qu’un règlement pour la prohibition dans une municipalité avait pour but d’interdire la vente de boisson alcoolisée sur le territoire, d’éliminer les hôtels, les buvettes, où l’on vendait de la boisson, d’arrêter l’alcoolisme que l’on affirmait être un grand mal social. Si Le Courrier de Saint-Hyacinthe et La Tribune de Saint-Hyacinthe prônent en faveur du règlement sur la prohibition, il en va autrement pour Le Clairon appartenant au député provincial, Télesphore-Damien Bouchard.


Pendant la campagne précédant le vote, les journaux publient régulièrement des articles, des témoignages, afin de sensibiliser l’opinion publique à leur cause. « Le Drame de Saint-Césaire – Un meurtre vient d’être commis à Saint-Césaire. L’alcool n’était pas absent de ce drame sanglant » (La Tribune, 30 décembre 1915) ; « La Prohibition jugée par l’expérience – Nous citons aujourd’hui l’exemple de Thetford Mines qui a voté la prohibition en 1908. Je, soussigné, Ernest Carreau maire de Thetford Mines, certifie que les licences pour la vente des boissons enivrantes ont été supprimées ici il y a sept ans. Nous vivons maintenant au milieu d’une population sobre, qui semble satisfaite de l’état actuel » (Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 1er janvier 1916) ; « Soyez dès l’ouverture du Poll lundi matin à la chambre du Greffier, en arrière de la Salle du Marché, c’est là que vous direz courageusement OUI qui doit nous sauver de la buvette », « Sir Charles Fitzpatrick parle en faveur de la prohibition – L’alcool tue la race toute entière, les soldats alcooliques encombrent les hôpitaux militaires, la prohibition est une croisade de morale sociale et religieuse » (La Tribune, 20 janvier 1916).

« Décidément, les prohibitionnistes ont de singulières idées sur la prohibition qu’ils veulent implanter à Saint-Hyacinthe. Ceux qui sont à la tête des prohibitionnistes, déclaraient il y a deux ou trois ans que la prohibition était une utopie et qu’ils étaient en faveur de la tempérance, c’est-à-dire, de l’abstention volontaire de l’usage immodéré des liqueurs fortes. Les prohibitionnistes de Saint-Hyacinthe désirent que le commerce des liqueurs qui se fait ici, se retrouve aux villages de Saint-Joseph et La Providence ». « Grande Assemblée - contre La Prohibition – dans la salle du marché, dimanche, le 2 janvier, à 7h30 du soir » (Le Clairon, 31 décembre 1915). Le Clairon, du 14 janvier 1916, incite les gens à dire NON à la prohibition notamment pour empêcher l’augmentation des taxes de la Ville de Saint-Hyacinthe : « La Ville retire actuellement de toutes sources des maisons licenciées pour la vente des liqueurs la somme de 6 685.15 $. Admettons que la prohibition fait perdre 50 % de ces revenus, la Ville subira une perte, ce n’est pas ceux qui prêchent la prohibition qui paieront la différence – Votez contre la prohibition ».

« Le résultat – Le règlement de prohibition soumis aux électeurs de la Cité de Saint-Hyacinthe, a été défait par une majorité de 313 voix. Ce résultat a réjoui grandement les buvetiers, les marchands d’alcool, tous les fervents de la bouteille, et nos deux députés, messieurs Gauthier et T-D Bouchard » (La Tribune, 27 janvier 1916). Pendant plusieurs semaines après la votation, le journal La Tribune, publiait les noms, adresses, et occupation des votants en plus d’indiquer s’ils avaient voté pour ou contre la prohibition. Ainsi, on apprend que Silas Duclos, industriel, propriétaire demeurant au 149, rue Girouard, a voté contre la prohibition (La Tribune, 30 mars 1916).


Illustration :
Journal La Tribune de Saint-Hyacinthe, 17 février 1916, page 1.

Notes d'histoire de Saint-Hyacinthe (1)
Notes d'histoire de Saint-Hyacinthe (3)