Le Parc Dessaulles (1)


Par Raoul Bergeron
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 25 mai 1993. 

Du riche partage (la moitié) de la Seigneurie Dessaulles qu’il reçut de sa mère Marie-Rosalie Papineau, il en restait bien peu à Louis-Antoine Dessaulles au milieu des années 1830.


Suite à deux jugements émanant de la Cour Supérieure du District de Montréal en juillet 1864 en faveur des héritiers Austing et de l’honorable Samuel Gale, demandeurs contre Louis-Antoine Dessaulles, les fourneaux à chaux de ce dernier situés dans le 6e rang de la paroisse Saint-Dominique, de même que le Manoir seigneurial sis sur le terrain du Parc Dessaulles actuel étaient vendus par ordre de la Justice.

Ces propriétés furent adjugées par le Shérif Ovide Désilets, le 14 juillet 1864, à Joseph Barsalou dans le premier cas et à Louis Boyer en ce qui a trait au manoir. Ce monsieur Barsalou est celui-là même qui a construit en 1864-65 le pont reliant à l’époque le village de la Providence et la ville de Saint-Hyacinthe.

Mgr Charles Larocque qui avait été nommé évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe en mars 1866 se porta acquéreur le 13 mars 1871  “en son propre et privé nom” du terrain du manoir et d’une bâtisse s’y trouvant pour la somme de 7 000,00$ et qui était la propriété de la succession de Louis Boyer. Le contrat fut passé devant le notaire Louis-Napoléon Dumouchel dans une des salles du Séminaire des Sulpiciens.

Mgr Larocque décéda à l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe le 15 juillet 1875 à l’âge de 66 ans.

Le Courrier du 31 juillet 1875 écrivait en substance ce qui suit à propos du testament de Mgr Larocque « À notre demande, on a eu l’obligeance de nous permettre de faire connaître quelques unes des dispositions testamentaires de feu Mgr Charles Larocque qui regardent spécialement les dons faits à Saint-Hyacinthe par le vénéré défunt […] Le diocèse verra ce qu’il connaît déjà par la rumeur que Sa Grandeur, à part quelques legs particuliers peu considérables, a donné à la Corporation de l’Évêché tousses biens à la condition expresse d’employer et d’utiliser ces biens à constituer des rentes ou fonds destinés à supporter et maintenir l’Évêché de Saint-Hyacinthe sans pouvoir les engager ou employer à aucune autre destination quelconque, ni même pour le payement de dettes de la dite Corporation […] À défaut d’accomplissement de cette demande, les biens compris dans le présent legs retourneront et appartiendront à la Communauté des Filles de la Charité de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe que le dit testateur institue sa légatrice universelle au bien et place de la dite Corporation Épiscopale Catholique Romaine du diocèse de Saint-Hyacinthe.» 

Cette dernière clause du testament, nous le verrons plus loin, est très importante pour la compréhension des conditions d’achat du terrain par la ville de Saint-Hyacinthe pour fins d’y aménager son parc public.

Effectivement, le 3 mars 1876, par contrat passé devant le notaire H.R. Blanchard, la Corporation Épiscopale Catholique Romaine du diocèse de Saint-Hyacinthe vendait à la Cité de Saint-Hyacinthe un lot contenant environ 21/4 par 21/4 arpents (405 par 405 pieds) ayant front sur la rue Girouard, borné par les rues Sainte-Anne, Dessaulles et la ruelle Rosalie, aujourd’hui rue Hôtel-de-Ville.

Le lot en question, était devenu, comme nous l’avons dit, la propriété de l’Évêché en vertu du testament solennel de feu Mgr Charles Larocque, reçu par le notaire Taché en date du 30 juin 1875 et dûment enregistré au bureau d’enregistrement du comté de Saint-Hyacinthe au registre B Vol. 28 folio 306 – No. 20 998. La vente se faisait moyennant la somme de 10 000,00$.


Illustration:
Le manoir seigneurial est érigé en 1798 au nord du Chemin du Roi (rue Girouard). Abandonné vers 1852, lors du partage de la seigneurie, il sera démoli en 1876 pour faire place au parc Dessaulles. Le manoir se réfère à la tradition architecturale française avec son toit à double versant, d’où émergent trois souches de cheminées.  Reconstitution par Raoul Ducharme en 1939. 


Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

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