Le Barreau de Saint-Hyacinthe, il y a cent ans (2)


Par Philippe Pothier
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 18 septembre 1985.


Pour ce deuxième article, il sera questioin de Louis-Victor Sicotte.


Louis-Victor Sicotte est né à Boucherville le 6 novembre 1812. Il fit ses études au Séminaire de Saint-Hyacinthe de 1822 à 1829. Il fut admis au Barreau en décembre 1838 pendant l'insurrection. Il avait fait une partie de sa cléricature chez les avocats Louis-Hippolyte Lafontaine et Dominique Mondelet à Montréal. Il s'établit bientôt dans notre ville sur la rue Saint-Antoine et un peu plus tard il s'associa à son confrère Magloire Lanctôt, devenu par la suite magistrat de district. 


 
En 1848, il se présente comme député du parti réformiste dans le comté de Saint-Hyacinthe mais il est défait par le docteur Thomas Bouthillier qui avait été l'un de ceux qui s'étaient battus à la fourche à Saint-Charles à  la tête d'un modeste peloton de patriotes lors des échauffourées avec l'armée anglaise sur les rives du Richelieu. En 1851, il revint à la charge et remporta le siège avec une imposante majorité contre Donald George Morison, père de son confrère de classe et collègue au Barreau, Lewis Francis Morison, qui plus tard en 1880, fut élu maire de Saint-Hyacinthe.
  
Dès son élection, le gouvernement Hincks-Morin, par l'entremise d'Augustin Norbert Morin, lui offrit le portefeuille des Terres de la Couronne qu'il refusa. À la suite d'élections générales, le gouvernement fut mis en minorité, mais Sicotte, qui avait été de nouveau élu par acclamation à Saint-Hyacinthe, fut nommé président de la Chambre. En 1854, il fut réélu à cette même charge contre Georges-Étienne Cartier. Il conservera le poste jusqu'en 1857 sous la gouverne des premiers ministres Taché-MacDonald. Il deviendra par la suite ministre des Terres de la Couronne et plus tard, Commissaire des Travaux Publics sous Cartier-MacDonald. Il se querelle avec Sir Georges-Étienne Cartier au sujet de l'emplacement de la capitale du pays et il résigne de ses fonctions pour devenir chef de l'opposition.
  
En 1862, lorsque le gouvernement est battu, le Gouverneur Général le charge d'en former un nouveau avec John Sanfield MacDonald. Il se voit confier en même temps le poste de Procureur Général. En vertu de l'Acte d'Union de 1840, seul le Gouverneur Général pouvait choisir les ministres de son gouvernement ainsi que les membres du Conseil Législatif.
  
En mai 1863, le gouvernement est de nouveau défait sur un vote de non confiance pris en Chambre. Sicotte et tous les ministres bas-canadiens démissionnent. Antoine-Aimé Dorion remplace Sicotte et devient premier ministre conjoint. Il offre au démissionnaire un nouveau ministère que Sicotte refuse dédaigneusement. C'est ainsi que sa carrière politique se termine. Il avait été le sixième canadien-français à diriger le gouvernement comme représentant de la province du Bas-Canada après Louis-Hippolyte Lafontaine, Denis-Benjamin Viger, Augustin-Norbert Morin, Georges-Étienne Cartier et Antoine-Aimé Dorion.
  
Le 5 septembre 1863, il est appelé à la magistrature sur le banc de la Cour supérieure pour le district de Saint-Hyacinthe. Il est plutôt exceptionnel qu'une nomination politique de cette importance ait été faite par un adversaire, mais Antoine-Aimé Dorion a tenu à se justifier en écrivant que  « M. Sicotte était un homme indépendant qui ne fit pas de politique combative et que ses goûts et ses  aptitudes le désignaient plutôt pour les fonctions judiciaires ».

Monseigneur Choquette, dans son Histoire de la Ville de Saint-Hyacinthe, disait de lui: « Sur le banc, le juge Sicotte imposait le respect et en enseignait l'image. Peut-être convient-il de lui attribuer en grande partie la réputation de dignité, d'aménité, d'égards réciproques dont les membres du Barreau de Saint-Hyacinthe se flattaient alors de jouir et qui font encore l'agrément de leurs successeurs.


L'Honorable juge Sicotte siégea près d'un quart de siècle dans notre district. Il prit sa retraite le 7 novembre 1887, il avait épousé Marguerite-Émilie Starnes, soeur de Henry Starnes, maire de la ville de Montréal en 1856. Ils eurent onze enfants.
  
Vers l'année 1862,  pour loger toute la maisonnée, il s'était fait construire une somptueuse maison de brique sur un des méandres du Ruisseau Plein-Champ à la sortie ouest de la ville. Apparemment de construction fragile, la petite histoire rapporte qu'elle se dégrada peu à peu au point de devenir inhabitable. Le lot de terre où était érigée cette maison fait maintenant partie du terrain du Club de golf de Saint-Hyacinthe. Je me souviens vaguement avoir vu au cours des excursions champêtres de mon adolescence des ruines informes recouvertes de végétation, éparpillées ça et là dans un coude du ruisseau. Après un court séjour sur la rue Girouard, près du Séminaire, il vint demeurer au village de La Providence dans la  spacieuse maison de pierre que l'on nomma plus tard « La maison Sicotte ».  Elle fut habitée par la suite par plusieurs citoyens bien connus dont entre autres les Louis Payan, Robert Saint-Germain et le juge Victor Chabot.
  
L'ainé de ses fils, Victor-Benjamin Sicotte, exerça comme avocat à Saint-Hyacinthe au numéro 34 de la rue Girouard en société d'abord avec Maurice Saint-Jacques et ensuite avec Jean-Baptiste Blanchet, député du comté fédéral en 1904. En 1888, il devint shérif du district et plus tard magistrat.
  
Un autre fils, Eugène, s'engagea dans le notariat. En 1898, il succéda à son frère comme shérif.  Pour se rapprocher de notre temps, je me permets de souligner que l'un des fils de Victor-Benjamin, appelé comme son illustre grand-père, Louis-Victor, fut bien connu par la plupart de nos contemporains (en 1985) comme comptable à la banque Canadienne de Commerce, à la manufacture Goodyear et enfin comme trésorier de la ville de Saint-Hyacinthe.
  
L'honorable Sicotte mourut à l'âge de soixante-dix-sept ans le premier août 1889 et fut inhumé dans le cimetière Notre-Dame. Une plaque de marbre installée dans l'un des bas-côtés de l'église de cette paroisse nous rappelle depuis près de cent ans l'insigne carrière de ce citoyen éminent et celle de son épouse Marguerite Starnes.


Photo: 
Louis Victor Sicotte, en 1873. J.E. Sauvageau, photographe.
Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH478.


Cet article est le deuxième d'une longue série.


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