L’origine du drapeau du Québec


L’abbé Elphège-Prime Filiatrault, treizième curé de Saint-Jude et auteur du fleurdelisé.

Par Raymond Girouard
Publié dans le Courrier de Saint-Hyacinthe le 7 juin 1989




L’abbé Elphège-Prime Filiatrault est né à Iberville, le 23 novembre 1850. Il était l’aîné des neuf enfants d’Étienne Filiatrault, marchand et instituteur, et de Thais Carère.

En 1902, l’abbé Filiatrault, alors curé de Saint-Jude, dessinait un drapeau qu’il nomma « Drapeau de Carillon » ; champ bleu, orné de quatre fleurs de lis pointées vers le centre, traversé d’une croix blanche.
Il hissait ce drapeau au balcon de son presbytère et le soumet à deux comités formés pour le choix d’un drapeau québécois. En plus, sous le pseudonyme « Un compatriote », il écrit une brochure intitulée : « Aux Canadiens français, notre drapeau ».

Dans cette brochure, il relate l’histoire des drapeaux ayant déjà existé non-officiellement :

« À une assemblée à Sainte-Scholastique, écrit-il, on déploya un drapeau blanc sur lequel étaient peints deux sigles : l’aigle américain au côté d’un aigle canadien tenant une feuille d’érable.

« Sur un autre grand drapeau, poursuivit-il, on voyait une tête de mort avec ces mots : « À bal le conseil législatif », ce qui valut à son auteur d’être exilé aux Bermudes.

« Dans la tourmente de 1837, tous les drapeaux disparurent, à l’exception d’un, conservé comme relique. Il était rose, mais aujourd’hui, la couleur a disparu ; il porte, vers le haut, un castor ; au milieu, un achigan ; au bas, les lettres J.B. et deux branches d’érable encadrant le tout. Ce drapeau était l’œuvre de M. Jean-Jacques Girouard, de Saint-Benoît, patriote qui a laissé un nom respecté dans la province. »

Il semble accepté, par cette brochure, le drapeau « Union Jack » ou « Red Ensign » des Canadiens anglais, et ne semble admettre le drapeau français, comme certains le préconisaient.

« Mais il est temps, écrit-il, pour nous Canadiens français, de nous créer un drapeau national. Quels éléments convient-il que nous employions ? Avant tout, notre bannière de Carillon, c’est-à-dire, un champ bleu, une croix blanche et ses quatre fleurs de lis blancs pointant vers le centre. »

Pourquoi notre bannière de Carillon ? Parce que la bataille de Carillon est la seule qui soit restée légendaire pour notre peuple canadien-français.

Le drapeau qu’il soumet plut aux deux comités, mais l’un deux ajoutait, au centre, l’effigie du Sacré-Cœur et déclenchait une vaste campagne à l’échelle de la province pour l’adoption de ce drapeau dit : « Carillon-Sacré-Cœur ». Cette initiative déplut au curé Filiatrault et à une grande faction de l’opinion publique.

En février 1905, l’abbé Elphège Filiatrault revient à la charge et écrit une deuxième brochure intitulée « Nos couleurs nationales » qu’il signe cette fois de son nom : P.-E. Filiatrault, ptre.

En résumé, dans cette dernière brochure, il explique : « Le peuple canadien d’aujourd’hui est l’ensemble de toutes les provinces confédérées, soit la puissance du Canada, mais ce peuple canadien à formation récente ne constitue pas ce que nous pourrions appeler une nation canadienne. Peuple n’est pas synonyme de Nation. »

À suivre.

Photo :
Le Drapeau de Carillon original conservé au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.