Ancien poste de police et pompiers
de Saint-Hyacinthe


Par Luc Cordeau
Publié dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe le 3 mars 2011.


Journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 18 août 1881 : «Le Conseil de la ville à sa dernière séance [12 août] a décidé d’acheter le terrain de monsieur Louis Côté [au] coin des rues Cascades et Piété [Duclos], pour y transporter la station de police et la maison des pompes. On devra y construire un édifice convenable». L’acte de vente signé le 18 août devant le notaire Robert Deschènes, de Saint-Hyacinthe, nous apprend que le terrain comprenant une superficie d’environ 25 000 pieds carré, a été acquis au montant de 2 400$. Le bâtiment construit au cours des années 1882 et 1883, au 1295, rue Des Cascades, était l’œuvre des architectes montréalais Jean-Baptiste Rester (1830-1896) et son fils Jean-Zéphirin. Trois entrepreneurs présentent des soumissions pour la construction le 3 mars 1882 : L.-P. Morin, 10 500$ ; Joseph Chenette, 10 300$ ; Bernard & Arbour, 10 562$. C’est l’entrepreneur Joseph Chenette, plus bas soumissionnaire, qui a été retenu. Le contrat est conclu le 7 mars suivant.


Dans les archives de la Ville nous retrouvons deux rapports des architectes se plaignant de l’entrepreneur. Rapport du 29 septembre 1882 : «Les soussignés architectes chargés de surveiller et diriger la construction des nouvelles stations de pompes d’incendie et de police pour cette ville, entreprises par messieurs Chenette et Renaud, sont forcés de vous faire rapport que les dits entrepreneurs n’ayant pas apporté de l’exécution des travaux la diligence nécessaire, les dits édifices ne pourront être livrés au temps convenu, savoir au premier octobre prochain. Il restera certainement à faire d’après l’examen fait aujourd’hui au-delà de la moitié des travaux entrepris». Le deuxième rapport du 15 janvier suivant, adressé directement à l’entrepreneur, n’est guère mieux: «À messieurs Chenette et Renaud, entrepreneurs, Saint-Hyacinthe. – Nous regrettons d’avoir encore à vous trouver en défaut au sujet du peu de progrès que vous faites pour compléter la construction de la station de police et de pompe que vous avez entreprise à Saint-Hyacinthe et nous vous donnons avis, dès à ce jour, qu’à moins que vous ne preniez des moyens plus efficaces pour faire progresser votre ouvrage de manière à pouvoir en faire la livraison le ou avant le 1er avril prochain [1883], nous nous trouverons dans la pénible nécessité d’aviser à prendre ces moyens nous-mêmes. Nous regrettons de voir que vous n’avez pas pris toutes les précautions nécessaires pour la protection des murs de fondation contre les effets de la gelée, quoi que souvent requis de faire tout ouvrage indispensable pour éviter le froid de s’introduire dans les caves, et nous vous tiendrons certainement responsable des dommages qui pourraient résulter de ce manque de précaution. Nous espérons donc que vous allez vous efforcer par une plus grande activité, à nous éviter d’avoir recours à des moyens aussi désagréables […]».


Dans le rapport remis à la séance du Conseil municipal du 6 juillet 1883, on apprend que l’entrepreneur n’a pas complètement respecté le devis des ouvrages à réaliser. Par exemple, il n’aurait pas installé l’«ornement en fer forgé sur le sommet de la tour pour y suspendre la cloche d’alarme». Les architectes en font la nomenclature en y indiquant les montants qui seront par la suite déduits du dernier paiement pour un total de 161,46$. Selon ce rapport, le total des coûts de construction comprenant les frais d’architectes et différents «extras» s’élèvent finalement à 13 066,13$ (12 024,88$ construction, 1041,25$ architectes).


Cet immeuble construit au XIX siècle à l’époque des voitures à chevaux ne répond plus aux besoins d’un service de police et de pompiers des années 1960 malgré certains travaux d’agrandissement au cours des ans. Une lettre du 25 avril 1963, de Gaétan Bruneau, ingénieur de la Ville, adressée au Conseil municipal, témoigne de la fin des activités au vieux bâtiment de la sécurité publique : «Par la présente, j’ai le plaisir de vous informer que jeudi le 18 avril dernier, le personnel, les véhicules d’incendies, les voitures de police et tout l’ameublement ont été transportés de l’emplacement du vieux poste de police et feu situé au 1295, rue Des Cascades au nouvel édifice que nous venons de construire à 925, avenue de Bourcherville. Les systèmes d’alarmes pour le vol et pour incendies, de même que la radio-police ont aussi été mis en opération au nouveau local, le même jour». 


Construit en 1882-1883, l’ancien immeuble de la sécurité publique aurait été détruit au cours de l’année 1963. Dès novembre 1962, une demande de démolition avait été adressée à la Ville pour la partie Est du bâtiment, afin de permettre le début de la construction de la Banque Royale, à l’angle de la rue Sainte-Marie, partie intégrante du futur centre commercial qui comprendrait également un «supermarché» Steinberg. De nos jours, nous retrouvons la pharmacie Jean Coutu du centre ville à cet endroit.


Photo:
Poste de police et pompiers en 1964. Photo Gilbert Brouillette, CH478/S14. Collection Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.